Par Maître Gabriel Lassort, avocat au Barreau de Bordeaux

Nouveau centre de rétention administrative de Bordeaux-Mérignac : 140 places, ce qui change pour les étrangers et leurs familles

Nouveau CRA de Mérignac, 140 places, ouverture en octobre 2026 : ce que cela change pour les délais, le contentieux et les familles concernées.

Un centre sept fois plus grand qui remplace un sous-sol de commissariat

Le centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux occupe aujourd’hui le sous-sol du commissariat de Bordeaux-Mériadeck : vingt places, hommes seulement, le plus petit centre de France. Un nouveau centre est en construction sur le site du Bioparc, avenue du Bourgailh, à cheval sur Mérignac et Pessac, à proximité de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Sa capacité annoncée est de 140 places, réparties en zones séparées pour les hommes et pour les femmes. Le préfet de la Gironde avait annoncé, dans un communiqué du 20 janvier 2026, une livraison au second semestre 2026 ; La Cimade indique, début septembre 2026, une ouverture en octobre. La date exacte n’est pas encore officiellement confirmée à l’heure où cet article est mis à jour (9 septembre 2026), et le centre de Mériadeck doit fermer au moment de cette ouverture.

Deux éléments techniques changent la manière dont les procédures se dérouleront concrètement. D’abord, une salle d’audience délocalisée est prévue sur le site même du centre, ce qui permettra au juge de statuer sans transfèrement des personnes retenues jusqu’au tribunal ; la visioconférence reste également possible. Ensuite, l’assistance juridique dans le centre sera assurée par une association titulaire d’un marché public relancé en avril 2026 : La Cimade, qui intervenait à Mériadeck, a annoncé qu’elle n’interviendrait pas à Mérignac. L’association qui reprendra cette mission n’est pas connue à ce jour.

Pourquoi le volume de contentieux va changer d’échelle

Le rapport annuel publié par les associations intervenant en rétention (La Cimade, Forum réfugiés, France terre d’asile, Solidarité Mayotte, Groupe SOS Solidarités-Assfam), rendu public le 19 mai 2026, donne la mesure du centre actuel : 184 personnes retenues à Bordeaux en 2025 (contre 239 en 2024), pour une durée moyenne de rétention de 38 jours (27 jours en 2024, contre 33 jours en moyenne nationale), avec 32,4 % de libérations sur décision du juge judiciaire (51 % en 2024) et 48 éloignements effectifs sur l’année. Les ressortissants algériens restaient en moyenne 47 jours.

Multiplier la capacité par sept ne multiplie pas mécaniquement le nombre de personnes retenues par sept, mais l’ordre de grandeur du contentieux va changer nettement, pour plusieurs raisons cumulatives. D’une part, le plan national de la rétention administrative vise 3 000 places, et Mérignac devient l’un des plus grands centres de France : cette taille en fait, de fait, un centre de report pour des transferts depuis d’autres régions lorsque la capacité locale sature ailleurs. D’autre part, la loi du 27 juillet 2026 a allongé les durées maximales de rétention pour certains profils, ce qui mécaniquement augmente le nombre de personnes présentes à un instant donné, donc le nombre d’audiences de prolongation à traiter. Pour les avocats, les magistrats et les services de la préfecture, cela signifie davantage d’audiences devant le tribunal judiciaire, davantage de recours devant le tribunal administratif, et davantage d’appels devant la cour d’appel de Bordeaux.

Le droit de la rétention en 2026 : les délais à connaître

La loi du 27 juillet 2026 a modifié plusieurs délais de la rétention administrative, dans un texte validé par le Conseil constitutionnel avec des réserves d’interprétation (décision n° 2026-906 DC du 23 juillet 2026). Voici l’état du droit applicable au 9 septembre 2026.

Étape de la procédure Délai Texte
Placement initial en rétention par le préfet 96 heures L. 741-1 CESEDA
Contestation du placement par l’étranger 96 heures à compter de la notification L. 741-10 CESEDA
Première prolongation 26 jours L. 742-3 CESEDA
Prolongations suivantes (droit commun) 30 jours, renouvelable une fois (90 jours au total) L. 742-4 CESEDA
Régime dérogatoire (condamnations graves, terrorisme) jusqu’à 210 jours L. 742-6 et L. 742-7 CESEDA
Plafond de cumul pour une même mesure d’éloignement 360 jours (540 jours en régime dérogatoire), cinq placements maximum L. 741-7 CESEDA
Délai dans lequel le juge statue 48 heures à compter de sa saisine L. 743-4 et L. 743-7 CESEDA
Maintien à disposition après une remise en liberté 10 heures L. 743-19 CESEDA
Appel devant le premier président de la cour d’appel 24 heures pour saisir, 48 heures pour que le premier président statue L. 743-21 et L. 743-22 CESEDA
Recours contre l’OQTF notifiée en rétention 48 heures (5 jours pour un débouté de l’asile ; 7 jours pour une décision de transfert Dublin) L. 614-2, L. 921-2 et R. 921-2-1 CESEDA
Demande d’asile en rétention 5 jours à compter de la notification des droits, examen accéléré par l’OFPRA L. 754-1 et s. CESEDA

Deux précisions sont indispensables pour lire ce tableau correctement. La saisine du magistrat du siège du tribunal judiciaire — la nouvelle appellation du code pour ce que la pratique continue d’appeler le juge des libertés et de la détention (JLD) — pour contester le placement doit intervenir dans les 96 heures ; c’est ce magistrat, et non le juge administratif, qui apprécie la régularité de la procédure policière et administrative. Le recours contre l’OQTF, lui, se dépose devant le tribunal administratif dans un délai propre de 48 heures (5 jours pour un débouté de l’asile, 7 jours pour une décision de transfert Dublin) : ce sont deux procédures distinctes, devant deux juridictions différentes, avec deux délais différents, qui se déroulent en parallèle. La demande d’aide juridictionnelle n’interrompt aucun de ces délais courts.

La décision du Conseil constitutionnel du 23 juillet 2026 pose une garde-fou pour les prolongations les plus longues : chaque prolongation doit rester proportionnée et supposer une perspective raisonnable d’éloignement, ce qui oblige le juge à vérifier les diligences réelles de l’administration — obtention d’un laissez-passer consulaire, démarches d’identification — avant d’accorder un nouveau délai. C’est un point d’argumentation qui prend une importance particulière dans un centre appelé à traiter davantage de prolongations longues qu’auparavant.

Ce que cela change concrètement pour une famille

Pour les proches d’une personne placée à Mérignac, plusieurs conséquences pratiques découlent de ce qui précède. L’audience devant le magistrat du tribunal judiciaire pourra se tenir dans la salle délocalisée du centre lui-même, ou par visioconférence, plutôt que dans une salle du palais de justice : les familles qui souhaitent assister à l’audience doivent se renseigner sur le lieu exact avant de se déplacer. Le droit de visite quotidien reste la règle générale posée par le code (article R. 744 et suivants), sur présentation d’une pièce d’identité ; les horaires précis du nouveau centre ne sont pas encore publiés, et il convient de se référer au règlement intérieur dès sa mise en ligne. Les colis de vêtements et de nourriture non périssable sont en règle générale acceptés, l’argent est déposé au greffe du centre, et les personnes retenues peuvent en principe conserver un téléphone sans caméra ou utiliser les cabines mises à disposition — ces points restent à confirmer au règlement intérieur du centre de Mérignac.

L’avocat n’a pas besoin d’être physiquement présent au centre pour intervenir : la plaidoirie par visioconférence est admise, ce qui permet de mobiliser un avocat rapidement, y compris depuis Bordeaux, quelle que soit l’heure de la notification du placement. C’est un point important pour une famille qui apprend un placement en rétention un vendredi soir ou un jour férié : les délais de 96 heures et de 48 heures courent sans interruption, week-ends et jours fériés compris.

Les erreurs à éviter dans les premières heures

Le placement en rétention déclenche deux comptes à rebours simultanés, et une grande partie des dossiers se jouent sur ce qui est fait — ou pas fait — dans les premières heures.

  • Confondre les deux délais. Le délai de 96 heures pour contester le placement devant le magistrat judiciaire et le délai de 48 heures (5 jours pour un débouté de l’asile) pour contester l’OQTF devant le tribunal administratif sont indépendants. Manquer l’un ne dispense pas de respecter l’autre, et inversement.
  • Attendre avant de contacter un avocat. Le délai de 96 heures inclut le temps de préparer les écritures. Chaque heure perdue réduit la capacité à rassembler les pièces utiles : preuve d’adresse, situation familiale, éléments de santé, garanties de représentation.
  • Négliger l’heure exacte de la notification. Les délais se comptent à compter de la notification des droits, pas de l’interpellation. Conserver ou faire préciser cette heure est souvent déterminant pour vérifier la régularité de la procédure.
  • Penser que la demande d’aide juridictionnelle protège le délai. Ce n’est pas le cas pour les délais courts de la rétention : la demande d’AJ ne les suspend ni ne les interrompt.
  • Négliger l’absence d’interprète. L’absence ou l’insuffisance d’un interprète lors de la notification des droits est un moyen classique devant le magistrat du siège ; encore faut-il pouvoir le démontrer, donc le signaler rapidement à l’avocat.

Le Cabinet Lassort en rétention à Bordeaux

Un placement en rétention ne prévient pas et ne choisit ni son jour ni son heure. Le Cabinet Lassort, avocat au barreau de Bordeaux, répond aux familles sept jours sur sept, week-ends et jours fériés compris, sans supplément tarifaire. La première audience devant le magistrat du tribunal judiciaire — contestation du placement et première prolongation, dans les 96 heures — est facturée 600 € TTC, tout compris : étude du dossier, écritures, déplacement au centre ou audience par visioconférence, plaidoirie, compte rendu à la famille. Le recours contre l’OQTF notifiée en rétention, devant le tribunal administratif, peut être pris en charge au titre de l’aide juridictionnelle lorsque les conditions sont remplies. Aucun résultat ne peut être garanti : chaque dossier dépend de sa situation propre, et c’est précisément ce que l’avocat vérifie dès le premier appel.

Pour aller plus loin : rétention administrative, CRA de Mérignac-Bordeaux, contester un placement en rétention, un proche est placé en rétention. Urgence rétention : 05 47 74 93 92.

Sources

Vous êtes concerné par cette situation ?

Chaque dossier est unique. Prenez rendez-vous pour une analyse personnalisée de votre cas.

Prendre rendez-vous 05 47 74 93 92
Appeler Rendez-vous